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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 13:49

Les saisonniers sont des milliers dans toute la France à travailler, notamment, dans les boutiques, les hôtels, les cafés et les restaurants pendant la période estivale. La plupart du temps dans des conditions difficiles et fréquemment, selon les syndicats et l'INSEE,  en butte à des pratiques patronales qui font peu de cas de leurs droits. Le témoignage de Léa, une vingtaine d'années, travailleur saisonnier employé cet été dans une brasserie de la Côte d'Opale. Son nom a été modifié afin de respecter l'anonymat de  la confidence.

 

Liberté 62 : « Quelles sont vos impressions générales par rapport à votre travail ?»

 

Léa : «Je ne passe pas les meilleures vacances de ma vie. Je m'y attendais un peu mais, disons que, comme j'avais travaillé l'année dernière à Amsterdam pour 50 heures de travail par semaine et en Néerlandais, forcément, c'était stimulant comme boulot. Ici, ce n'est vraiment pas le cas. Je travaille comme serveuse dans une brasserie qui est ouverte l'après-midi et le matin : je prends les commandes, j'apporte les plats, je débarrasse les tables à l'extérieur mais aussi à l'intérieur. Mon poste de travail dépend du nombre de clients. A  deux ou trois serveurs, on s'arrange : untel va prendre la terrasse, moi, je prends le bar et vice-versa. C'est le manager qui nous dirige.»

 

Liberté 62 : « Quelles sont vos horaires de travail ?»

 

Léa : ««En général, du vendredi au lundi, je commence à 11 h 30 le matin jusqu'à 16 h 00.  Je reprends à 18 h 00 et ensuite je finis vers 23 h00 ou minuit.  Quelque fois j'ai deux heures de pause quand il n'y a pas trop de clients sinon c'est plutôt  une heure sur laquelle j'ai une demi-heure pour manger au restaurant. Je travaille six jours sur sept. Comme je suis saisonnière, comme ils savent que je suis là que pour deux mois, les cuisiniers ne font parfois des réflexions. Je ne sais pas pourquoi mais il y a grand combat  entre la salle et la cuisine. Pour moi c'est dur notamment parce que je fais des études, que je ne suis pas serveuse professionnelle et ils me le font sentir. Par exemple si je fais une toute petite bêtise, c'est la fin du monde ! Le fils du patron qui travaille dans le restaurant me tombe dessus ! Moi je fais avec et j'essaye de garder le sourire mais bon, ce n'est pas très sympa. Pour les cuisiniers aussi le boulot est difficile. Ils ne travaillent pas pour  beaucoup d'argent. Je comprends et je les respecte mais c'est difficile.»

 

Liberté 62 : «Comment avez-vous trouvé cet emploi ?»

 

Léa : «Le boulot, je l'ai trouvé tout simplement en démarchant directement auprès du restaurant.  Cela fait deux mois que je travaille. J'ai commencé mi-juin. Pour l'instant je n'ai pas encore de contrat. Ce qui m'énerve le plus en fait, c'est que que je n'ai pas de contrat.  La semaine dernière j'ai fait une cinquantaine d'heures. Les heures sont payées au SMIC après, les heures supplémentaires, c'est 10 %. En Faisant plein d'heures supplémentaires dans le mois cela passe à 50 % je crois. Je suis allé voir mon patron récemment. A la fin du mois de juillet j'étais déjà allé le voir pour lui demander mon contrat parce que cela  faisait déjà un mois et demi que je n'avais pas de contrat. Il m'a donné ma fiche de paye en me disant que l'important c'était d'avoir de l'argent. J'ai accepté puis, après, je me suis rendue compte que sur ma fiche de paie, il avait multiplié par deux le nombre de repas que j'avais pris, il a enlevé des heures aussi.

Sur le mois j'avais fait une vingtaine d'heures supplémentaires. Pour le repas, à chaque fois que je mange on m'enlève 4 euros et une demi-heure de boulot. Normalement, on ne ne devrait pas m'enlever la demi-heure. C'est ça le principal problème pour moi, c'est que je n'ai pas de contrat de travail. Mon patron est un grand patron qui tient plusieurs restaurants. En fait on ne le voit jamais et je  ne le connais pas vraiment. Comme je l'ai dit, j'ai été le voir deux fois mais c'est avec le manager que j'ai eu affaire pour dire qu'il me manquait les heures. Le manager m'a dit qu'il en parlerait au patron mais qu'avant il devait parler du cas d'autres collègues. Pour l'instant, je n'ai pas de nouvelles.»

 

Liberté 62 : «Quelle est votre salaire ?»

 

Léa : «En juillet j'ai gagné 1200 euros pour 170 heures. Ce mois-ci, normalement, je devrais gagner 1500 euros. J'ai des amis qui travaillent sur la côte comme serveurs professionnels. Pour eux, je ne suis vraiment pas tombé sur le bon établissement. Je pense que j'ai été embauché parce que je  ne suis pas timide mais aussi parce que je parle Néerlandais. Selon moi c'est ce qui les a poussés à m'embaucher. Je suis la seule à parler Néerlandais au restaurant. Cela m'arrive souvent de parler en Néerlandais avec les clients. Hier, par exemple, j'ai longuement discuté avec des clients hollandais, j'ai trouvé cela intéressant. En plus, souvent, ils me donnent plein de pourboire. Moi, en pourboires, je dois me faire à peu près minimum 30 € par jour. Les pourboire, on les met en commun après on les partage. Le mois dernier j'ai reçu une vingtaine d'euros comme pourboire. Vingt euros pour le mois !  Sachant que nous sommes une dizaine  à travailler dans le restaurant.»

 

Propos recueillis par Jérôme Skalski

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Published by MJCF du Pas-de-Calais - dans Politique du MJCF62
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